La sécurité si j’mens !

securite-professionnelleIl est un fait certain qu’en matière de sécurité professionnelle, on cherche à toucher l’individu pour qu’il prenne conscience que son comportement, est un comportement à risque, pour lui, pour l’autre, pour la société pour laquelle il travaille. L’idée que les messages se banalisent au fil du temps, renforce l’idée qu’il faut créer une véritable catharsis* pour interpeller. En cela le théâtre, pour moi, est une des réponses les plus judicieuses et adaptées.
Alors que la plupart des messages s’adressent à tout un chacun, le théâtre s’adresse à l’individualité. Je suis spectateur et ce qui se passe, se passe devant moi et me fait devenir acteur, me révèle à quel point mon comportement peut être préjudiciable.

Et Théâtre à la Carte ?
C’est une vision à 360 degrés sur la vie de l’entreprise et sur nos comportements. Car il s’agit bien là du comportemental et des leviers qui me permettent d’agir, d’infléchir vers un changement.
De par mon expérience passée, avant d’être comédien, j’ai travaillé dans diverses entreprises. Cela me permet d’être proche des salariés, de leurs préoccupations, de leurs pensées et notamment en matière de sécurité. La maîtrise du jeu d’acteur, et celle de scénariste formateur a fait de moi, au fil du temps, un observateur privilégié.

Le théâtre d’entreprise c’est ici et maintenant
Pour moi, le théâtre est l’art vivant par excellence, qui permet d’être ici et maintenant, d’être un miroir, le reflet des maux illustrés, à la différence de son frère le cinéma qui peut figer et stopper le propos dans le temps (une œuvre fixée sur « pellicule »). Le théâtre offre la possibilité de s’ajuster et de s’ancrer dans le présent dans le contexte avec humilité.

Les personnages semblent crier : je suis vous, je suis celui qui éprouve les mêmes difficultés que vous et qui cherche à s’en sortir…
Une pincée d’humour, pour que la mayonnaise prenne, des philosophes diraient « que la maïeutique** prenne » et la magie opère, c’est ma valeur ajoutée et celle du TAC.

Une évolution des demandes …
Oui, bien sûr, il y a eu des évolutions… Puisque nous évoluons entre comportements et une législation qui s’est durcie, entre obligations et respect du code du travail, aussi bien pour les employeurs que pour les salariés, entre information et banalisation de celle-ci. Alors cela semble sans fin et ne nous leurrons pas, de manière générale en cas de crise, de pressions, on fait moins attention.

Alors on travaille sur du long terme, pour que les nouvelles générations intègrent la notion de sécurité comme inhérente au travail pour lequel elles ont été embauchées. Pour que les plus anciens soient valeurs d’exemples, de coachs pour les autres, pour que j’agisse en matière de sécurité avant tout pour moi et pour l’autre. Nous pouvons accompagner ces nouvelles demandes en créant et créant encore, pour évoluer justement avec l’entreprise, la société, l’individu pour qu’elles soient une action quotidienne et « renouvelable ». Oui, on s’installe dans un confort, oui on oublie notre vigilance… eh bien, on est là pour rappeler qu’un espace de travail est dangereux mais qu’on peut en contrôler les risques… Nous sommes partis du général au spécifique, de l’information généraliste, comme la nécessité du port des EPI, à quelque chose à valeur d’expert, où chacun est amené à développer sa propre expertise vis-à-vis de sa sécurité et devenir acteur. Les participants maintenant savent, la plupart du temps : ils ont les moyens, ils ont eu l’information, la formation et statistiques à l’appui, ils connaissent les enjeux, les risques… et les responsabilités de chacun… et cependant les chiffres des accidents de travail sont mauvais. Notre travail consiste à donner du sens, à apporter une véritable culture d’entreprise du risque…Des esthètes (du grec aisthélés, celui qui sent)…
Nous autres, acteurs, nous sommes des sportifs affectifs, le salarié doit apprendre à être un sportif productif et adopter un comportement, une hygiène de vie, un mental « durable de développement » pour lui-même, pour sa famille, pour son entreprise, à la hauteur de ses aspirations, de celle des défis que doit relever notre société, pour son futur. Non la vie ne s’arrête pas après nous… Grandiloquent, me direz-vous. Peut-être, mais en matière de sécurité, il faut viser la lune pour éventuellement atteindre une étoile, et viser les étoiles permet de lever la tête.

Encore tout récemment, chez un client…

Il y a avait plusieurs séances de sensibilisation prévues, les participants se sont inscrits tout d’abord timidement, par obligation puis le bouche-à-oreille a fait son œuvre… on a fait le plein aux séances suivantes, le plein d’échanges, de fous rires…

Nous avons proposé des saynètes sur mesure, nous les avons débriefées avec eux. Nous avons travaillé en sous-groupes pour dégager des plans d’actions individuels « Qu’est-ce que je peux faire, moi pour changer cet état de fait », « je vis les mêmes choses que toi, les responsables sécurité m’apparaissent plus humains, ce ne sont pas que des « pions » dans l’échiquier de la boîte ou des « pions » qui nous punissent parce qu’on fait pas comme ils voudraient qu’on fasse, sortes de gardes-chiourmes de tableaux d’analyses, mais des hommes et des femmes qui s’impliquent dans leur boulot pour notre sécurité ».

Ce qui était très également réconfortant, c‘était de voir les participants venir à nous pour nous féliciter. Nous avons mangé, juste avant l’intervention à la cantine avec eux, je veux dire avec l’ensemble des salariés et le groupe qui était passé la fois d’avant ne manquait pas de venir vers nous pour nous témoigner que : « C’est tellement vrai, dit comme ça j’y crois. Je peux bien vous le dire, c’est vrai que je fais ça, je ne pensais pas que ça pouvait être pouvait être dangereux. J’ai toujours pensé que si mon chef me faisait la guerre, c’était pour faire plaisir aux grands chefs, je n’avais pas compris que sa façon d’être parfois brutal avec nous, c’était une maladresse de sa part, je ne le regarderai plus comme avant. » Comme avant… oui, il y eut un avant et un après… Pour en revenir chez notre client, la population était des plus diverses, chercheurs, techniciens, prestataires extérieurs. Il fallait mobiliser tout le monde… avec des personnes qui savent, peut-être surinformées ou le croyant ? Il a fallu redécouvrir la sécurité, partir d’eux, débarrasser les situations d’idées reçues, montrer notre compétence, loin de tout jugement pour créer le dialogue.

Pour conclure…
Nous ne sommes limités que par notre imagination, sans limite.
Nous pouvons imaginer des interventions récurrentes comme des scénographies mettant en scène des situations à risques à proximité des postes de travail, aborder l’ergonomie, les accidents de plain-pied, envisager des jeux de piste avec plusieurs étapes où il faut repérer et déjouer des situations à risques, une sorte d’ « Accident Party ». A suivre….très prochainement !

*Catharsis, du grec Catharsis, purification
Pour Aristote, effet de « purification » produit sur les spectateurs par une représentation. Toute méthode thérapeutique qui vise à obtenir une situation de crise émotionnelle telle que cette manifestation critique provoque une solution du problème que la crise met en scène.


**Maïeutique, désignée comme l’art de l’accouchement.
Le terme de maïeutique englobe généralement les techniques de questionnement visant à permettre à une personne une mise en mots de ce qu’elle a du mal à exprimer, ressentir, ou ce dont elle a du mal à prendre conscience (émotions, désirs, envies, motivation…).

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