Un petit message de rien du tout…

Atelier-theatre-effet-theatreC’est le soir, je donne le bain à mes enfants. Un discret gazouillis d’oiseau au fond de la poche m’annonce un nouvel e-mail. De Pascal. Pascal… Je connais des Pascal, moi ?
“Bonne année et merci”, s’appelle le message.

C’est la fin d’une grosse journée de travail à l’issue de laquelle je me demande si ce que j’ai fait a servi à quelque chose. Et ce petit message de rien du tout me redonne la patate.
Pascal, c’est le prof de la classe de 4ème SEGPA que j’ai accompagnée pour un cycle d’ateliers de L’effet théâtre. Une SEGPA, comme le définit monsieur Wikipedia, est une classe qui “accueille des élèves présentant des difficultés d’apprentissage graves et durables. Ils ne maîtrisent pas toutes les connaissances et compétences attendues à la fin de l’école primaire, en particulier au regard des éléments du socle commun.” Et ce que ne dit pas monsieur Wikipedia, mais qu’on aura déduit, c’est que lesdits enfants présentent également d’importants troubles du comportement.

Depuis 2008, j’ai animé pas mal d’ateliers avec L’effet théâtre. Celui-ci était particulier au même titre que l’étaient les enfants. Dix gamins seulement (dont plusieurs me dépassaient d’une tête), et un prof qui avait très envie que l’aventure réussisse. Au début ce n’était pas trop le cas des élèves « Vas-y, qu’est-ce tu me causes toi j’m’en bats les c… du théâtre t’façon ». Dix gamins qui avaient tous une grande sensibilité, une faille, une fragilité. Dans le milieu scolaire, ils sont tous en échec, certains sont violents, d’autres victimes, certains sont timides, d’autres prennent toute la place.

J’ai dû oublier tout ce que je savais faire dans ces ateliers. Aborder le thème différemment, parce que la notion de violences quotidiennes n’a pas la même signification pour eux que pour d’autres : c’est juste un mode de communication “normal”. Revoir l’autorité aussi : le moindre haussement de ton provoquant soit le renfermement, soit la désertion.

Nous avons travaillé avec Pascal pendant les dix heures de l’atelier pour que chacun puisse trouver sa place dans le groupe, oublier un moment les rivalités préexistantes, et construire une saynète théâtrale. Au fil des répétitions, ces enfants qui, pour la plupart, sont incapables de maîtriser le flux débordant de leurs émotions, donnaient le meilleur ou, au contraire, voulaient tout abandonner. Et à la fin, le trac, la tête qui tourne, la volonté de disparaître, et pourtant ils montent tous sur scène, devant la Directrice, devant leurs camarades, quelques parents, et même une caméra. Et ils jouent.

Et ce message de Pascal ce soir, qui profite de la nouvelle année pour me remercier encore, pour me dire la satisfaction qu’il a eue à voir l’investissement de ses élèves dans ce projet, le genre de message qui vous met la banane pour le reste de la journée. Je revois les sourires de Guy, de Stéphanie, d’Océane ou de Kevin, à l’issue de la représentation, fiers de leurs prouesses. Oui, ce que nous faisons a du sens, et j’en suis fier moi aussi.

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Commentaires

  1. par Mika

    Ca semble éprouvant, mais tellement vrai aussi. Bravo !

  2. par kolipa67

    Ce quotidien est le mien…

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