8 mars, journée de la flemme

egalite-femme-homme-journee-de-la-femme-flemmePourquoi on n’a rien fait pour la journée de la femme ?

Brigitte boue. C’est vrai, pourquoi, cette année encore, son entreprise a fait comme si le 8 mars n’était que le jour coincé entre le 7 et le 9 mars dans le calendrier ?

Ce n’est pas qu’elle en attende grand chose de cette journée, mais quand même, à force de voir les médias se déchaîner sur le sujet et mettre en lumière les cas d’entreprises qui « se préoccupent du sort de leurs salariées », elle finit par s’agacer : suis-je vraiment dans une entreprise mysogine ?

- Mais bien sûr que non ! lui répond son chef , auprès de qui elle a enfin explosé. On ne fait rien pour la journée de la femme parce que la question est réglée depuis longtemps, chez nous !

Brigitte a un doute sur le sens de cette dernière phrase. Le boucher dit peut-être que « la question est réglée » quand il vient de découper le cochon ou d’écarteler le bœuf. Devant sa moue soucieuse, son chef s’explique.

- Ben, oui ! Il y a longtemps qu’il n’y a plus aucun problème d’égalité hommes/femmes dans cette boîte, Brigitte, vous le savez bien.

Non, Brigitte ne le sait pas bien. Cela lui avait même échappé. Alors comme ça, tout est réglé ?! Peut-être, après tout… On travaille, on travaille, et la tête dans le guidon, on ne s’aperçoit pas que le peloton est devenu féminin. Brigitte décide donc de relever la tête et de faire le tour des services. Tout le monde n’est peut-être pas encore conscient, comme elle, des effets de cette révolution sexuelle silencieuse. Un détour par la compta lui confirme qu’en effet, là non plus, ils n’ont pas été avertis : elle gagne toujours 20% de moins que son collègue masculin. Quelques couloirs plus loin, une autre vision trop familière s’impose : des  assistantes regroupées en pool (poules ?) dans un open space (en français « espace partagé » au sujet duquel beaucoup sont… comment dire ?…. partagés)  traversent le couloir pour recevoir les directives de leurs coqs… pardon managers, retranchés dans des bureaux aux arrogantes cloisons. Bon, c’est vrai, on est loin de Paris et l’entreprise appartient à un secteur d’activité traditionnellement masculin mais tout de même, il y a de l’abus. A cela, son chef lui répond :

- Vous vous faites des nœuds dans la tête pour rien, Brigitte, vous savez très bien que le vrai pouvoir est aux mains des femmes dans cette entreprise. Il n’y a qu’à voir comment certains messieurs rampent devant leurs assistantes.

C’est vrai, Brigitte a déjà pu observer la détresse de quelques directeurs, usant de périphrases à rallonges pour obtenir d’un dragon manucuré…. ce qui est écrit noir sur blanc sur sa fiche de poste. Brigitte n’a jamais pris cette résistance passive (voire lascive dans le cas de certaines) face à la domination masculine comme une démonstration d’excès de pouvoir. Sentant que son patron va maintenant lui parler du rôle occulte mais néanmoins prépondérant des femmes auprès des grands hommes de l’Histoire, elle attaque.

- Mais je m’en fous que des rois aient déclenché des révolutions pour les beaux yeux de leurs maîtresses, moi, je vous parle de pouvoir objectif, de responsabilités officielles, d’espace partagé oui mais dans l’organigramme !

- C’est ça le problème avec vous les femmes : vous vous énervez tout de suite ! Est-ce que je m’énerve moi ?

Non, bien sûr, fulmine Brigitte en tournant les talons, quand on est en position de force, on n’a aucune raison de s’énerver. Elle voudrait bien le voir, lui, dans la situation contraire. Elle s’arrête net devant la machine à café. Là, plusieurs hommes discutent entre eux. Elle imagine ce que pourrait être leur conversation dans un futur inversé.

- Pff ! J’en ai marre ! Elles recrutent une responsable technique à l’externe alors que j’aurais pu postuler.

- Tu plaisantes, elles ont bien mis « UNE Directrice Technique » sur l’annonce. C’est comme d’habitude, nous les hommes sommes exclus d’avance.

- Tu exagères, tu fais partie du nouveau groupe de travail sur la diversité, par exemple.

- Oui, bah parlons-en, j’ai vraiment l’impression d’être un homme alibi sur ce coup-là.

- C’est vrai que quand on est associé aux décisions importantes, on se demande souvent si c’est pas pour faire joli sur la photo.

Moue dubitative de l’autre.

Brigitte éclate de rire à cette pensée. Sous les regards étonnés des buveurs de café, elle reprend gaiement sa route. On n’est pas payée cher mais on rigole bien quand on est une femme en devenir.  Car l’heure des femmes arrive, elle le sent même dans ce dernier bastion des temps anciens. Elle, la première femme cadre de cette PME de province, n’en est-elle pas la preuve vivante ?

- Profitez bien messieurs ! Bientôt, le maillot jaune sera pour les femmes !

- Tu t’intéresses au vélo Brigitte ? C’est un truc de mecs !

Pour en savoir plus :

partenariat-lemonde

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